Index des recueils de nouvelles

Les éditions retenues ici sont celles qualifiées à la page "Repères bibliographiques" de ce site d'"éditions de référence". Je donne pour chaque nouvelle un résumé et mon jugement critique.

 

 

La Chose dans les algues - Néo        

 

Les chevaux marins (The Sea Horses - mars 1913) :  Un grand-père, scaphandrier, élève seul son petit-fils. Un peu fantasque, il a créé à l’intention du « p’tit gars » une légende, selon laquelle des chevaux marins galoperaient au fond des mers. L’enfant y croit dur comme fer, et c’est tout naturellement qu’il prête une vie imaginaire au cheval de bois qu’un beau soir son grand-père lui rapporte. Seulement, un jour, alors que pour fuir une épidémie de fièvre ils vivent sur le chaland de plongée du grand-père, ce-dernier punit son petit-fils d’une bêtise commise en décidant de remettre le cheval au fond des eaux. Inconsolable, le gamin veut revoir son animal familier. Une nuit, il enfile maladroitement le casque de scaphandre du bateau, mais il glisse de l’échelle de coupée et se noie. Le grand-père dans son désespoir ne cesse alors de visiter les fonds marins, sans retrouver le corps de l’enfant. Mais, son obstination à plonger pendant des heures joue sur sa santé, qui se détériore rapidement, et en pleine séance de plongée, il a une attaque. A peine est-il « passé de l’autre côté » qu’il revoie son petit-fils, caracolant sur le cheval marin. Pleins du bonheur d’être à nouveau réunis, ils s’enfoncent dans des profondeurs lumineuses vers le trône du Seigneur...
Un conte fantastique, mais sans éléments horrifiants ou macabres, plein de sensibilité, de tendresse, et de poésie. Faut-il y voir une tentative d'apaiser la souffrance de sa mère, qui avait perdu trois enfants en bas âge? C'est ce que l'essayiste Sam Moskowitz incline à penser.
L’épave (The Derelict - décembre 1912) :  Cette nouvelle raconte l’exploration par un groupe d’hommes d’une très vieille épave emprisonnée dans une écume visqueuse et puante, et recouverte intégralement d’une étrange et nauséeuse moisissure blanchâtre. La panique s’installe chez les marins alors que la substance blanchâtre se met à onduler, puis à s’enrouler autour de leurs chevilles, leur faisant peu à peu prendre conscience que la chose vit. Ils perdent un de leurs compagnons, hideusement recouvert et digéré par la masse blanchâtre, mais sont finalement sauvés par les marins restés dans le canot d’exploration.
L’histoire est racontée par le médecin de bord pour illustrer sa conception de la vie, selon laquelle en présence de conditions propices, d’une chimie favorable, la vie est dotée d’une telle force qu’elle trouvera à se manifester dans n’importe quel médium matériel (A noter que cette conception ne nie pas l’existence d’un troisième élément, mystérieux et immatériel, puisque le narrateur conclue son récit en affirmant que l’étude de l’épave n’aurait pas permis de percer l’origine de la vie mais seulement les conditions de sa manifestation matérielle). Nouvelle dont l’effet est éventé et donc gâché par le prologue en forme de discussion métaphysique qui dévoile la nature, animée, de la substance blanchâtre recouvrant l’épave. Malgré cela, l’atmosphère nauséeuse et malsaine est plutôt bien rendue, et l’action ne manque pas de suspense.
La chose dans les algues (The Thing in the weeds - janvier 1913): Un navire est assailli en pleine nuit par une chose invisible, qui se révèle être un poulpe géant vivant au sein d’une immense zone d’algues nauséabondes.
Dans la première partie de la nouvelle, l’attaque du monstre marin est suggérée beaucoup plus que décrite. Hodgson, selon sa manière, fait monter l’effroi par une approche toute en allusions, mettant en branle l’imagination du lecteur à partir de quelques éléments d’atmosphère : Une odeur vaguement familière, quelques bruits à peine entendus, l’esquisse d’une forme se contorsionnant dans la nuit. L’auteur lève ensuite le voile sur l’horreur, qu’il a si patiemment fait naître, donnant la description du poulpe et explicitant les événements étranges de la nuit. Au final, malgré les efforts de Hodgson, cela donne une nouvelle assez moyenne, qui n’atteint jamais la puissance horrifiante que l’on trouve par exemple dans certains passages des deux romans maritimes de l’auteur. Ce manque d’impact est à mon sens dû au fait que le lecteur devine trop tôt l’origine non spectrale des incidents nocturnes, et que ce sentiment de terreur surnaturelle que Hodgson sait si efficacement communiquer est ainsi prématurément ruiné, remplacé par une peur face au danger, plus naturelle, moins profondément déstabilisante, et finalement décevante.
De la mer immobile (From the tideless sea - avril 1906) :  En 1902, le Commandant d’une goélette repêche un baril dans lequel se trouve un message relatant la perte du navire Homebird, disparu en 1873. Le message indique que le vaisseau, démâté suite à un cyclone, s’est échoué au milieu d’immenses bancs d’algues dans la Mer des Sargasses. Après avoir perdu beaucoup d’hommes lors de la tempête, le Homebird a vu son équipage se décimer encore plus lorsque plusieurs marins embarqués sur un canot ayant pour mission de sortir le vaisseau des algues ont péri attaqués par une pieuvre géante. Par la suite, d’autres matelots ont subi l’étreinte mortelle des monstrueux tentacules. Avant de mourir, le Capitaine a marié les deux derniers survivants à bord de l’épave, sa fille et l’auteur du message. Les époux n’ont pas tardé à avoir une petite fille. Le message se termine alors par la prévision émue du père de l’enfant selon laquelle ils n’ont de la nourriture que pour 17 ans. Or, constate le Capitaine de la goélette, cela fait déjà 29 ans que le baril a été lancé sur les flots…L’histoire s’achève par une annonce, par Hodgson lui-même, qu’un autre message du Homebird aurait été retrouvé non loin des côtes sud-américaines, qui daterait de 1879 et serait le cinquième message envoyé, cinquième message qui fera d’ailleurs l’objet de la nouvelle suivante.
« De la mer immobile » relate l’assaut d’un poulpe géant contre un navire échoué dans les algues de la Mer des Sargasses et le combat des marins pour organiser leur survie. Souffrant du même défaut que la précédente nouvelle, elle comporte toutefois vers la fin une dimension émotionnelle qui n’existe pas dans l’autre nouvelle (où le navire finit par se libérer des algues), transmettant avec efficacité le pathétique de la situation de total abandon des derniers survivants.
Le Cinquième message (More News From Homebird - août 1907) : Cette suite de « De la mer immobile » relate comment les trois survivants de l’épave du Homebird sont assaillis la nuit par des créatures étranges, qui se révèlent être d’immenses crabes.
Le talent de Hodgson pour créer l’angoisse par la suggestion plus que la description se manifeste ici de façon éclatante. N’évoquant les attaques nocturnes qu’à partir des bruits traumatisants que font les monstres des algues sur le pont du navire, l’auteur instaure une atmosphère de terreur, une tension dramatique impressionnantes. Le lecteur partage l’hésitation du narrateur quant à l’origine naturelle ou spectrale des évènements, ce qui confère à la peur ressentie une plus grande puissance. Par ailleurs, le doute que l’auteur fait planer sur la santé mentale du narrateur donne un supplément de pathétique au drame vécu par cette famille abandonnée de tous au sein de ce terrible continent d’algues.
L’Ile de Ud (Captain Jad : The Island of The Ud - mai 1912) : Un capitaine aux mille aventures légendaires et son mousse favori affrontent sur une île perdue les sinistres adoratrices de Ud, une divinité-crabe, afin de leur voler les précieuses perles dont elles ornent leur totem pole.
Cette aventure cauchemardesque sur une île peuplée de femmes démoniaques adorant une divinité-crabe est plate et ne provoque d’autres émotions que l’ennui. Là où l’acuité réaliste habituelle de Hodgson insuffle à ses œuvres une fascinante puissance, la coloration légendaire que le personnage du commandant donne ici au récit nuit à la communication d’un authentique sentiment d’angoisse.
La voix dans la nuit (The Voice in the night - novembre 1907) : Echoués sur une île, un couple de naufragés contaminés par un étrange lichen se métamorphose petit à petit en monstres fongoïdes.
Sur le thème de la décrépitude physique, ce chef-d’œuvre, d’une grande sobriété dans le style et les effets, atteint un très haut niveau aussi bien dans le pathétique de la situation de ces pitoyables naufragés que dans l’horreur du cauchemardesque témoignage de l'homme qui dans son canot et sous le miséricordieux couvert de la nuit délivrent ses confidences à des marins émus et horrifiés. La scène où l’homme est confronté au monticule mouvant vaguement anthropoïde et gémissant sous la forme duquel vit désormais un des précédents naufragés échoué sur l’île est en particulier d’une extraordinaire puissance. Bref, une réussite absolue, sans aucune fausse note de la première à la dernière ligne, qui évite notamment avec brio l’écueil du ridicule sur lequel un auteur moins talentueux n’aurait pas manqué de s’abîmer.
L’aventure du promontoire (Captain Jat : The adventure of the Headland - novembre 1912) : On retrouve les deux héros de « l’Ile de Ud », toujours à la recherche d’un trésor, sur une île peuplée d’étranges chiens féroces, lancés à leur trousse.
Le capitaine est plus irascible encore que dans la précédente nouvelle, ce qui prête parfois à rire. L’action rythmée et le suspense sont privilégiés par Hodgson dans ce récit d’aventure trépidant mais sans grand intérêt.
Le mystère de l’épave (The mystery of the derelict - juillet 1907) : Un navire porte secours à un trois-mâts qui après s’être accidentellement embouti sur une vieille épave de la mer des Sargasses ne donne plus signe de vie. Les hommes de la chaloupe de sauvetage découvrent alors l’horreur quand une armée de milliers de rats voraces sortent des entreponts de l’épave.
Hodgson, qui utilisera à nouveau le thème de l’invasion des rats dans « l’albatross », signe ici une nouvelle mineure sans originalité.
Le dernier voyage du Shamraken (The Shamraken homeward bounder - avril 1908) : Naviguant ensemble depuis des décennies, les vieux loups de mer du Shamraken effectuent leur dernière traversée lorsqu’un brouillard mystérieux s’abat soudain sur leur vaisseau l’enveloppant de la quille à la pomme du grand mât. Ils se mettent alors à croire qu’ils voyagent vers l’au-delà, avant de réaliser qu’il ne s’agit que d’un phénomène climatique rare.
Récit poétique sur le désarroi à l’approche de la retraite de vieux marins n’ayant pas ou plus d’attache sur la terre ferme. Des personnages qui manquent un peu de profondeur.
Le bateau de pierre (The stone ship - juillet 1914) :  L’exploration nocturne d’un mystérieux bateau de pierre, des géants de pierre aux cheveux roux leur poussant sur la tête, des bruits étranges, des phosphorescences inquiétantes…Des phénomènes en apparence surnaturels qui, à la lumière du jour, trouveront dans la surrection des fonds marins une origine naturelle.
Cette nouvelle réussit assez bien à entretenir le mystère par une ambiance visuelle et sonore dense. L’angoisse reste toutefois beaucoup trop diffuse pour être vraiment puissante. L’épilogue explicite les évènements de la nuit, qui bien qu’extraordinaires se révèlent toutefois parfaitement naturels. Encore une fois dans ce recueil, Hodgson a recours au fantastique expliqué, tombant le linceul de ses spectres par des explications réalistes, mais contrairement aux autres nouvelles du recueil, cette rationalisation finale a ici le côté laborieux, voire ridicule des épilogues de certaines enquêtes de Carnacki. Ce n’est pas peu dire !
L’équipage du Lancing (The crew of the lancing -1964 dans « Over the edge » Arkham House) :  Des marins sont confrontés la nuit à des braiments étranges et autres criaillements semi-humains. Après s’être aperçus qu’ils proviennent de monstres anthropomorphes s’étant emparés du quatre-mâts « le Lancing », ils sont assaillis par l’horrible équipage aux bras-tentacules.
Les monstruosités, qui ressemblent à celles des « Canots du Glen Carrig », sont particulièrement repoussantes. La nouvelle est toutefois un peu trop courte.
Les Habitants de l’Ilot du Milieu (The Habitants of middle islet -1962 dans « Dark Mind, Dark Heart » Arkham House) : Comme dans « A la recherche du Graiken », un amant désespéré recherche et finit par retrouver le navire perdu où sa fiancée avait pris passage. Echoué au large de l’Ilot du milieu, dans une crique entourée de ténébreuses falaises, le voilier démâté semble étrangement propre et ordonné. Lorsque l’amant y découvre un calendrier ouvert à la date du jour, il commence à nourrir l’espoir de retrouver vivante son âme sœur. Il passe alors la nuit sur l’épave en compagnie du narrateur, qui rêve (ou croit rêver) que la fiancée de son ami attire ce dernier sur le pont, avant d’être brutalement réveillé par un cri terrifiant. Il se lève et se penchant par-dessus la lisse du navire voit entre deux eaux des visages fantomatiques qui le regardent. A l’aube, alors qu’un canot vient le récupérer, il ressent soudain une horrible présence s’approcher de lui, et saute dans l’embarcation. Un dernier regard vers l’épave lui montre la spectrale fiancée de son ami, les bras tendus vers lui, et dont les mains ressemblent aux griffes d’une bête sauvage.
Une histoire de fantôme maléfique qui transmet avec une rare puissance le sentiment de l’horreur et de l’anormal. Les différents éléments du décor, cette crique surplombée de vertigineuses et sombres parois rocheuses, aux échos inquiétants, cette épave à l’intérieur trop bien rangé, ces formes vagues et mouvantes nageant autour de la coque, installent une atmosphère troublante et inquiétante et la fin de l’histoire, courte mais d’une grande intensité, est toute vibrante d’horreur.
La meilleure nouvelle du recueil avec « Une voix dans la nuit ». A écouter ici: http://www.litteratureaudio.com/livre-audio-gratuit-mp3/hodgson-william-hope-les-habitants-de-lile-du-milieu.html
 
Le monstre de l’île aux algues (The call in the dawn - novembre 1920) : Des marins entendent à chaque aube nouvelle un lointain appel scandant plusieurs fois : « Fils de l’Homme ! » Supposant que ce cri vient de l’île d’algues émergeant non loin de leur navire, ils décident de l’explorer mais n’y trouvent rien d’autre qu’une grouillante vie animale et une épave plusieurs fois séculaire.
Le mystère demeure entier, même si le narrateur conjecture que la voix pourrait venir d’un naufragé mort caché sous les algues et saluant l’aube en des mots qui n’ont de sens que pour son esprit sauvage et dément.
Belle nouvelle teintée de mysticisme et de poésie, qui laisse entier le mystère de cet appel digne de la Statue de Memnon, le Fils de l’Aurore chez les Grecs, qui émettait un son étrange à chaque nouvelle naissance du jour. On peut risquer une interprétation qui ferait de l'Appel de l'île aux algues le symbole de l'appel désespéré et vain des naufragés, et plus généralement de l'Homme victime du Destin, à l'assistance et à la miséricorde divines.
 

L'Horreur tropicale - Néo            
 

L’horreur tropicale (A tropical horror - juin 1905): Un monstre marin, sorte d’immense serpent de mer, se glisse sur le pont supérieur d’un vaisseau, à la recherche de nourriture. Afin de se protéger contre l’horrible prédateur, les marins, paniqués, se réfugient tant bien que mal, qui dans les cabines à l’arrière, qui dans le poste d’équipage, qui dans la voilure. Mais les nuits succèdent aux jours sans que la Chose ne se décide à abandonner le navire. Finalement, le narrateur, claquemuré dans le roof de l’embelle, subit l’assaut du serpent. Il réussit à lui trancher la langue, avant de perdre complètement connaissance. Seul survivant de ce cauchemar, il est recueilli par un vapeur et donne des explications. Les officiers se livrent alors à un examen approfondi du bateau à la dérive, examen qui semble en tous points corroborer le récit du rescapé…
Superbe évocation de l’attaque d’une monstrueuse créature marine, racontée à la première personne et au présent par l’unique survivant (sauf à la fin où est retranscrit le journal de bord du vapeur) Les faits sont rapportés de manière brute, sans tentatives d’expliquer ou de rationaliser. La tension dramatique est parfaitement rendue.
Une voix dans la tempête (Out of the storm - février 1909) : Un marin réfugié dans la salle de radiotélégraphie d’un navire en train de couler transmet en Morse ses dernières impressions avant la mort, dominées par sa haine absolue de la Mer, assimilée au Destin Funeste, à Dieu, mais un Dieu maléfique, jouant avec l’homme, sa créature, comme un chat avec une souris.
Un texte vibrant d’une intensité et d’une énergie inouïes dans un style flamboyant. La conception de l’océan comme personnification du Mal absolu, broyant l’homme entre ses mâchoires cruelles (« La Chose [la Mer] a des dents. Je les ai entendu se refermer en claquant ») est le principe qui sous-tend toute l’œuvre fantastique de Hodgson. Etant donné sa thématique et sa qualité, il n’est pas étonnant que cette nouvelle ait donné son titre à l’édition anglaise du recueil.
A la recherche du Graiken ( The finding of the Graiken - février 1913) :  Sans nouvelles du « Graiken » depuis un an, un homme, dont la fiancée était passagère du navire, se refuse à admettre le naufrage du trois-mâts, que la majorité considère pourtant comme acquis. Afin de le distraire de son désespoir, son meilleur ami le persuade d’accepter de l’accompagner pour une croisière sur le yacht dont il vient juste d’hériter. A bord, l’amant, qui semble dans un état second, organise une mutinerie, s’empare du commandement du bateau et, guidé par le lien quasi télépathique qui l’unit à sa bien-aimée, met le cap sur la Mer des Sargasses, à la recherche du « Graiken » Espoir comblé puisqu’il finit par retrouver empêtrés dans une immense masse d’algues le vaisseau démâté et ses passagers, sains et saufs ! Après des tentatives de sauvetage rendues infructueuses par d’horribles poulpes faisant jaillir de l’écœurante bouillie d’algues leurs tentacules meurtriers, l’amant parvient, grâce au miracle d’un courant marin libérant le « Graiken » de sa prison végétale, à retrouver sa dulcinée.
Belle évocation de l’angoissante monotonie, de la solitude désespérante, de l’abominable végétation de la Mer des Sargasses, du silence pesant régnant sur ce continent d’algues, envahi de poulpes monstrueux surgis des abysses. L’ambiance générale du récit et l’action rappellent « les canots du Glenn Carrig » Par ailleurs, le lien mystérieux entre les amants séparés, qui est esquissé ici, est un des thèmes récurrents de l’œuvre de WHH (dont l’illustration la plus évidente est donnée par son roman « Le pays de la Nuit »)
Eloi Eloi Lama Sabachthani ( idem ou The Baumoff explosive - septembre 1919) : Un chimiste a inventé une poudre permettant de revivre l’épisode chrétien de l’Agonie du Christ sur la Croix et censée démontrer que les Ténèbres qui s’étaient abattus lors de la crucifixion était un effet de la personnalité divine de Jésus. Devant les yeux horrifiés du narrateur, le chimiste avale sa poudre avant de s’infliger d’atroces blessures, les mêmes que celles subies par Jésus. La souffrance extrême qu’il endure, alliée à l’effet amplificateur de la poudre, est censée perturber l’Ether ambiant, médium de la Lumière, produisant un complet obscurcissement de la pièce dans laquelle se trouvent les protagonistes. Tout semble se passer comme prévu jusqu’à ce que l’expérience mystique prenne une tournure inquiétante: le narrateur voit son ami faire le chemin de croix, sa voix s’est altérée, et après l’avoir entendu hurler d’une voix terrifiée les derniers mots du Christ sur la Croix : «Eloi Eloi Lama Sabachthani » (qui en hébreu signifient: « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »), ceux-ci sont repris en échos par une voix moqueuse et démoniaque. Le chimiste est finalement retrouvé mort, son visage figé dans une hideuse expression de bestialité.
L’atmosphère mystique très pesante qui entoure cette nouvelle est bien rendue, mais le tout est gâté par un arrière-plan pseudo-scientifique peu convaincant et un peu daté (la poudre, les concepts d’Ether et de Matière).

Le réservoir de la peur (The terror of the water-tank - septembre 1907) : Deux meurtres par strangulation ont lieu au sommet d’un réservoir d’eau, qui sert accessoirement de point de vue aux touristes. Le narrateur, futur beau-fils du premier cadavre, mène l’enquête parallèlement au médecin ayant expertisé les corps et à la Police. Le gardien du réservoir, retrouvé en possession d’objets ayant appartenu à la première victime, est déclaré coupable, mais échappe à la pendaison grâce au médecin qui finit par prouver que les crimes ont été perpétrés par une chose ophidienne d’origine inconnue, sortant du réservoir, non entretenu depuis des années.
Une enquête qui préfigure les aventures de Carnacki, divertissante mais sans grand intérêt. Se manifeste ici l'hypocondrie avérée de l'auteur, qui se lavait les mains aussitôt après avoir lu les courriers qu'il recevait de peur d'être infecté par des germes.
L’Albatros (The Albatross - juillet 1911) :  Une jeune fille seule et abandonnée sur un navire naufragé envahi par les rats envoie par l’intermédiaire d’un albatros un message appelant au secours. Le valeureux premier maître d’un trois-mâts, bravant l’interdiction de son capitaine, rame quatre jours et quatre nuits au secours de la demoiselle en détresse, et finit par la délivrer de l’armée de rats grouillant qui assiègent la cabine où elle s’est réfugiée. 
Variation maritime du preux chevalier secourant sa Belle en détresse, cette nouvelle, mineure, se laisse lire avec plaisir.
Le fantôme du Lady Shannon ( The haunting of the Lady Shannon -1975) : Un capitaine tyrannique et des officiers brutaux maltraitent leur équipage, leur infligeant sévices et brimades. Un marin s’étant rebellé est ainsi frappé à mort au point qu’il tombe dans le coma. Plus tard, le capitaine assiste au meurtre du deuxième maître, mais sûr de n’avoir vu aucun homme poignarder l’officier, il se met à croire que le fantôme du marin brutalisé assouvit une vengeance d’outre-tombe. Alors que la terreur s’installe pendant les quarts de nuit, le premier maître, appelé par une force invisible, se dirige vers la passerelle où son collègue avait été tué, suivi par le capitaine. Les deux hommes sont alors violemment agressés par une forme blanche, dans laquelle un marin croit reconnaître un matelot martyrisé lors d’un précédent voyage. La forme plonge alors dans l’eau, sans que le plus infime « plouf » ne soit perceptible. Puis, des recherches à bord semblent confirmer la présence d’un clandestin, et de la farine recouvre la manche à air de la passerelle, laissant supposer qu’elle a servi de cachette au meurtrier invisible…
Dans cette nouvelle, Hodgson évoque avec réalisme les conditions de vie inhumaines des équipages de la marine marchande de son époque. L’épilogue moraliste est une condamnation des pratiques barbares auxquelles les officiers se livraient alors aux dépens des matelots. Rappelant les « Pirates fantômes », l’histoire de hantise, sans réels moments forts, se termine par une explication réaliste, qui, par les zones d’ombre qu’elle laisse en suspens, n’invalide pas l’hypothèse spectrale.

 


 

Carnacki et les fantômes - 10/18       
 

Après dîner, le groupe d’amis fidèles de Thomas Carnacki, sorte de détective du surnaturel, dont Hodgson fait lui-même partie, s’apprêtent confortablement installés dans le salon du traqueur de fantômes à l’écouter leur livrer le compte-rendu détaillé de sa dernière aventure en Terre Fantastique. C’est ainsi que débute chaque nouvelle du recueil…
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La Porte (The Gateway of the Monster-janvier 1910) :
Une bague dissimulée derrière la plinthe d’une chambre hantée fait office de porte entre l’anormal et le normal, donnant chaque nuit accès à un monstre se matérialisant sous la forme d’une main géante meurtrière. Carnacki en aura raison en l’enfermant dans un pentacle et en détruisant par le feu la bague maléfique.
Sans intérêt.
Le manoir parmi les lauriers (The House among the laurels-février 1910) :
Le hall d’entrée d’un manoir irlandais serait selon les habitants du plus proche village hanté. Une Force surnaturelle, dont la présence serait annoncée par une pluie de sang y perpétuerait des crimes. L’héritier du château fait appel à Carnacki, qui démontre qu’il ne s’agit que d’un stratagème mis en place (peut-être par un groupuscule politique clandestin) pour éloigner les prétendants à l’occupation de la maison.
Relevant du fantastique expliqué, cette nouvelle au dénouement particulièrement puéril est sans intérêt.
La chambre qui sifflait (The whistling room-mars 1910) :
Dans un château irlandais, une chambre émet la nuit un sifflement horrible. Le propriétaire, sur le point de se marier avec la plus courtisée des filles du village, serait-il le jouet de la jalousie de ses rivaux déçus ? Celui-ci n’en est pas sûr et fait appel à Carnacki. Le détective découvre une nuit que le plancher de la chambre subit des transformations physiques, prenant la forme de noires et boursouflées lèvres sifflantes. Carnacki prescrit aussitôt la destruction de la chambre et découvre alors derrière les lambris une tablette qui éclaire le mystère : Jadis, pour complaire à son roi, Alzof, un bouffon composa aux dépens du roi ennemi, Ernore, une satire intitulée « le chant de la folie » En représailles, Ernore fit emprisonner le bouffon dans une des chambres de son château, ayant au préalable pris soin de lui faire couper la langue. A défaut de le chanter, le prisonnier n’aura de cesse de siffler son chant persifleur, avant d’être finalement brûlé vif dans la cheminée de la chambre. La fiancée du propriétaire, apprend-on à la fin du récit, est une descendante du roi Ernore. Et Carnacki de conjecturer sombrement : « si elle était entrée dans la chambre ? Si elle y était entrée ? »
Nouvelle à l’intrigue moins sommaire que dans les précédents récits. L’idée de rattacher la fiancée au roi Ernore produit un bel effet de frisson rétrospectif. Cependant, la tension nerveuse que cet entêtant et surnaturel sifflotement provoque chez les protagonistes n’est pas transmise avec force.
Le mystère de la maison hantée (The Searcher of The End House-juin 1910) :
Des évènements étranges ont lieu la nuit dans la maison de Carnacki, enfant, et de sa mère : Claquements de porte, odeur repoussante, traces de pas et surtout cette femme spectrale pourchassant un très jeune enfant nu, non moins fantomatique.
L’épilogue de la nouvelle mêle explication naturelle et conjecture surnaturelle. Nous avons, d’une part, un ancien locataire, emprisonné pour contrebande et qui, récemment libéré, tente d’effrayer les nouveaux occupants pour se réapproprier la maison, idéalement configurée pour son commerce frauduleux. D’autre part, nous avons une Furie à la poursuite d’un mort-né : « Un enfant mort-né est ainsi parce que son esprit a été repris par les Furies » La femme et l’enfant sont deux entités distinctes appartenant à des plans d’existence différents, ce qui peut expliquer les différences de perception entre Carnacki, qui ne voit que l’enfant, et les autres protagonistes, qui ne distinguent que la femme. Par ailleurs, dans tous les cas, nous est-il expliqué, la perception des esprits n’est possible que si la peur nous submerge, l’épouvante étant ainsi conçue comme un facteur d’éveil de nos sens à l’Au-delà.
Nouvelle créant un réel sentiment de mystère, mais s’achevant sur une conclusion décevante. En particulier, l’explication réaliste, à base d’escalier secret, de souterrain dérobé et autres portes dissimulées, habituelle dans les romans gothiques du 18ème siècle paraît aujourd’hui laborieuse et infantile. Rappelons que trois des enfants Hodgson sont morts en bas âge.
Le cheval de l’invisible (The Horse of the Invisible-avril 1910) :
Nouvelle relevant du fantastique expliqué. Nullissime, complètement invraisemblable et hautement ridicule. La pire nouvelle de Hodgson.
Le Jarvee ( The Haunted Jarvee-mars 1929) :
Carnacki embarque sur un bateau hanté, ou pour reprendre son parler occultiste, émettant des “vibrations attractives” à la tombée du jour, c’est-à-dire attirant à lui toutes les ondes psychiques se trouvant à proximité !
On retrouve la monographie de Harzam (« Hantises induites »), les signes du Rituel Saaamaaa, le pentacle électrique, un dispositif à produire des « contre-vibrations », bref, tout le fatras, le bric-à-brac de l’ésotérisme.
Malgré cela, cette belle histoire maritime baigne dans une atmosphère étrange et intense et dégage une impression de réalité presque palpable.
Le Verrat (The Hog-janvier 1947) :
Carnacki est aux prises avec une des monstruosités du Cercle extérieur dans ce conte onirique et horrible, où Hodgson développe plus que dans les précédentes histoires son appareil théorique : Les concepts de Cercle extérieur, d’œil mental (sens de la perception des phénomènes spectraux), de focalisation/protection, de portes psychiques entre le Dehors et notre monde…Le monstre porcin, que l’on retrouve dans « La maison au bord du monde », est terrifiant, le style et l'atmosphère superbes, mais la rationalisation ésotérique empesée gâte beaucoup la nouvelle. Un chef d'oeuvre gâché !
La Chose invisible (The Thing Invisible-janvier 1912) :
Carnacki est appelé à l’aide pour résoudre une énigme tournant autour d’une dague qu’une Force invisible aurait violemment plantée dans le cœur du maître d’hôtel d’un gentleman anglais, veuf éploré depuis la mort de son épouse douze ans auparavant. Le Détective du Surnaturel passe une nuit d’angoisse dans la chapelle où le drame a eu lieu, et on retrouve dans cette scène le talent de Hodgson pour décrire la montée de la peur à partir de quelques bruits à peine entendus, de la vague sensation d’une présence horrible tapie dans l’ombre, d’un reflet fugitif perçant une seconde les ténèbres environnantes.
Finalement, Carnacki découvre le pot aux roses, réduisant le mystère de la chapelle hantée à une prosaïque machinerie mécanique, un truc à ressort dissimulé dans le sol et projetant la dague tueuse au moment où l’on pénètre dans le chœur par la petite porte y donnant accès.
On apprend alors que c’est le vieux sir qui met en place ce piège tous les soirs afin de protéger les bijoux de feu son épouse cachés sous l’autel et que la mort de son valet n’est due qu’à l’étourderie d’un homme qui n’a plus toute sa tête, et qui a oublié de désamorcer son traquenard!
Une nouvelle appartenant encore au genre démodé du fantastique expliqué, au dénouement artificiel, sauvée de la pure médiocrité par la scène nocturne dans la chapelle.
Bibliophilie (Bibliophily ou The find –1947 directement dans le recueil publié par Arkham) :
Des éditeurs d’une revue de bibliophilie font appel à Carnacki pour enquêter sur la découverte d’un second exemplaire des « acrostiches » de Dumpley expertisé comme étant authentique alors qu’il est historiquement avéré qu’un seul et unique exemplaire de ce livre ait sorti des presses.
Une nouvelle policière et non fantastique, histoire d’escroquerie, divertissante.
La Déesse de la Mort (The Goddess of death - avril 1904) :
La première nouvelle publiée de Hodgson ! L'histoire d'une statue tueuse, nouvelle mineure dans le style de Carnacki mais ne faisant pas partie du cycle, avec une fin expliquant rationnellement les faits apparemment surnaturels .
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Pour résumer, si on excepte la modernité du personnage de Carnacki, qui soit dit en passant manque cruellement de profondeur, et le vocabulaire de l’occultisme professionnel, les nouvelles de ce recueil sont dans les décors, les intrigues et l’atmosphère, dans la plus pure tradition du gothique anglais et manquent singulièrement d’originalité. La motivation essentiellement commerciale de Hodgson, qui surfe ici sur la vague lucrative du John Silence d’Algernon Blackwood, dont les nouvelles sont parues en recueil un an avant en 1909, explique en partie cette médiocrité générale.
 

Nouvelles du recueil "Les Spectres pirates" - Encrage
 

 Ce recueil, en plus des trois nouvelles indiquées ci-dessous, comprend: "Carnacki, le chasseur de fantômes", condensé de quatre aventures de Carnacki, "Les Spectres pirates", condensé du roman du même nom, "Le Vaisseau fantôme", version alternative de la fin de ce roman, "Le rêve de X", condensé du roman "Le Pays de la nuit". Notons ici que des motivations commerciales expliquent l'existence de ces oeuvres"condensées", jugées plus faciles à "placer", notamment sur le marché américain. En-dehors du hors-série n°1 du magazine Crépuscule, qui propose la traduction par Richard D. Nolane de la biographie critique de WHH écrite par Sam Moskowitz,  c'est ce volume, parmi toutes les publications françaises, qui comprend le plus riche matériel bio-bibliographique.
Le Passager du « Pampero » (The haunted Pampero - mars 1919) :
Un jeune homme se voit confier le commandement d’un navire réputé hanté, le « Pampero » Son épouse, effrayée par la sinistre réputation du bateau, décide d’y accompagner son mari, malgré les protestations de ce-dernier. Après une tempête, le « Pampero » recueille à son bord un homme nommé Turbin, unique rescapé d’un baleinier naufragé. Puis, des incidents étranges ont lieu : la porcherie est attaquée et les verrats mortellement blessés comme par des morsures de requins, deux matelots sont pourchassés sur le pont par une forme sombre, la femme du capitaine, qui semble être devenue la proie de choix de la mystérieuse créature, voit à travers le hublot de sa cabine une bouche immense pourvue de dents avides. Le Capitaine prend peur pour sa femme et organise la surveillance de leur cabine. C’est le naufragé recueilli qui assure la garde de nuit. Le Capitaine est réveillé par un feulement et s’aperçoit qu’en lieu et place de la sentinelle, se tient le monstre redouté. Il lui tire plusieurs balles et le pourchasse avant que celui-ci ne plonge par-dessus bord. La forme transparaissant sous l’eau et nageant vers les abysses est hideusement anthropomorphe. Après avoir fait l’appel, il apparaît que Turbin est manquant. De retour sur la terre ferme, la presse s’empare de l’affaire et un journaliste de conjecturer que Turbin a quelque chose à voir avec la légende de « La Goule des océans », des marins morts en mer et s’attaquant aux équipages pour se nourrir.
Nouvelle de qualité honnête dans la transmission de l’horreur et de l’étrange. On notera la dimension allégorique de l’histoire : La « Goule des océans » représente la peur que le capitaine ressent à l’idée que son épouse, unique femme du navire, devienne la victime des appétits sexuels insatisfaits des rustres marins qui l’entourent. Pour étayer cette interprétation, on peut extraire du récit deux citations : Le capitaine confiant : « - C’est pour ma femme que j’ai peur ! Cette Chose semble chercher à l’atteindre, elle ! » et un marin s’interrogeant après l’attaque contre les porcs : « - Supposez qu’ça soit l’un d’entre nous ? ».
 La chambre d’épouvante (The room of fear - 1983):
 Un enfant de huit ans tente de vaincre sa peur du noir afin de conquérir le respect de sa mère, qui place la bravoure parmi les valeurs de base de l’éducation qu’elle veut donner à son fils.
 Cette nouvelle, mineure, décrit avec talent les peurs enfantines, matérialisées ici par une main immense aux doigts crochus qui nuit après nuit menace toujours plus l’enfant terrorisé emmitouflé sous ses couvertures. A la lecture de cette composition de jeunesse écrite avant 1904 (d’après la préface du recueil), on pense à la vie de Hodgson, marquée par une bravoure confinant parfois à la témérité suicidaire.
 Quand s’entrouve la nuit (The riven night - avril 1973) :
 Un bateau commandé par un capitaine récemment endeuillé par la mort de son épouse est attiré par une mystérieuse ouverture lumineuse déchirant la nuit. Cet espace baignée d’une lueur violette se peuple après que le vaisseau y a pénétré de silhouettes brumeuses, qui se révèlent être les fantômes de femmes apparentées aux marins. Le Capitaine, irrésistiblement et mortellement attiré par sa défunte bien-aimée, finit pour la rejoindre par enjamber le bastingage. Suite à une immense vague secouant le navire, l’équipage se réveille de ce qui semble avoir été un rêve collectif.
 Magnifique nouvelle baignant dans une belle atmosphère onirique à la fois poétique et horrifiante. Le capitaine, veuf éploré ayant perdu le goût de vivre, solitaire inconsolable se traînant dans une existence qui a perdu tout son sens, n’aspirant qu’à retrouver sa bien-aimée dans l’au-delà, est une figure récurrente dans l’œuvre de Hodgson. Elle est ici esquissée avec talent et on sent puissamment tout au long du récit planer l’ombreuse présence du capitaine, qui de sa cabine où il s’est terré, conduit son équipage vers la frontière de l’Au-delà, destination inconnue mais désirée, où il ne tardera pas à rejoindre dans les eaux brumeuses et obscures le spectre -effrayant- de son épouse. Ce spectre, à l'instar du fantôme féminin des "Habitants de l'Ilôt du Milieu", est encore de nature maléfique.

 
 

 




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