Les canots du Glenn Carig (1907) 
Dans ce court roman d'horreur et d'aventure, où des naufragés sont assaillis par d'étranges créatures humanoïdes vivant dans les algues, Hodgson grâce à son savoir et son expérience maritimes atteint un haut degré de réalisme, qui donne aux événements étranges et terrifiants qu'il décrit une impression de vérité, une crédibilité et une puissance vraiment fascinantes. En outre, avant de faire surgir ses monstruosités, il s'attache patiemment et avec beaucoup de talent à créer chez son lecteur un sentiment d'angoisse diffuse, s'efforçant de construire une atmosphère lourde de menaces latentes. Pour ce faire, après avoir placé avec soin son inquiétant décor, il y fait naître des bribes d'incidents troublants, des sanglots étouffés dans la nuit, des formes blanches à peine entrevues dans les algues. Quand l'horreur surgit enfin, l'impact en est accru. Du grand art. (Pour vous aider dans votre lecture, rendue parfois difficile par l'emploi de nombreux termes de marine ancienne, vous trouverez à la page "Outils" de ce site un petit lexique maritime.)
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"Les menaces qui couvent au début du livre sont insupportables, mais on est déçu vers la fin par un retour au romanesque et à l'aventure habituels. Une tentative imprécise et pseudo-romantique de copier la prose du 18ème siècle nuit à l'effet de l'ensemble, mais la réelle et profonde érudition navale compense partout ces insuffisances."Lovecraft dans "Epouvante et surnaturel en littérature".
La maison au bord du monde (1908) 
Merveille des merveilles de la littérature fantastique. Terrifiant, magnifique, émouvant, d'une grande richesse allégorique (voir l'analyse que j'en fais à la page "Outils"). Inoubliable et fascinant chef d'oeuvre.
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"La maison au bord du monde est sans doute le chef-d'oeuvre de Hodgson. C'est l'histoire d'une maison abandonnée et maudite en Irlande, qui est le point de concentration de hideuses forces souterraines et qui soutient le siège lancé par des monstres hybrides et blasphémateurs, issus d'abîmes insoupçonnables. L'esprit du narrateur qui voyage à travers d'interminables années-lumières d'espace cosmique et des kalpas d'éternité, assistant finalement à la désintégration du système solaire, constitue quelque chose d'assez unique dans la littérature. Partout se manifeste le don de l'auteur à suggérer des objets de terreur imprécis et embusqués dans un décor normal. Sans quelques traces de sentimentalité banale, ce livre serait un classique de tout premier ordre."Lovecraft dans "Epouvante et surnaturel en littérature".
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Notons qu'il existe une bande dessinée tirée du roman et portant le même nom avec des dessins de Richard Corben sur un scénario de Simon Revelstroke.

La couverture de la bd Une planche
Les pirates fantômes (1909) 
Malgré le vocabulaire de la marine ancienne, auquel il faudra vous familiariser (voir pour vous aider le glossaire à la page "Outils"), il faut plonger sans retenue dans ce récit de vaisseaux fantômes classique mais réellement fascinant par l'impression de vérité qu'il dégage (l'expérience de l'auteur dans la marine marchande n'y est pas étrangère). Hodgson traite son sujet avec un sérieux et une sincérité convaincantes là où une approche plus distanciée aurait risqué d'entamer l'adhésion du lecteur à l'histoire. Les incidents surnaturels de plus en plus terrifiants qui rythment le récit sont bien choisis et on entre en empathie avec les marins troublés, épouvantés puis réellement paniqués. Un niveau artistique rarement atteint dans un roman fantastique.
Note 1 : pour la compréhension de la scène décrite dans le chapitre 4 et les suivants, il faut savoir que "foot-rope" a été malencontreusement traduit par ralingue alors qu'il s'agit d'un marchepied (voir le glossaire à la page "outils"). Ce n'est pas la seule erreur : au début du chapitre 11, les hommes sont envoyés non à l'avant mais à l'arrière ("aft"). Par ailleurs, l'avant du gaillard = le gaillard d'avant (chapitre 1 et suiv.). Le glossaire vous permettra à chaque fois de vous y retrouver!
Note 2 : la ville de Frisco qu'on rencontre au tout début du récit est le surnom de San Francisco, port des Etats-Unis. Ce qui donne comme théâtre des événements l'océan Pacifique. Par ailleurs, le navire Le Mortzestus pourrait être un clipper, l'un des derniers vaisseaux de commerce à voiles à avoir été utilisé à la fin du 19ème siècle, avant l'avènement des bateaux à vapeur.
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"C'est une des oeuvres les plus saississantes que je connaisse sur la mer, et surtour sur le mystère et la grande peur des solitudes océanes". Jean Ray, dans une lettre adressée en février 1928 à M. Pierre Goemaere. L'écrivain belge, qui est entre autre l'inventeur de Harry Dickson, alter ego de Carnacki, reconnaît d'ailleurs s'être inspiré de ce roman pour sa nouvelle "Le Psautier de Mayence".
"Avec sa maîtrise de la technique maritime, et le choix habile des allusions et des incidents qui suggèrent les secrètes horreurs de la nature, ce livre atteint parfois d'enviables sommets." Lovecraft dans "Epouvante et surnaturel en littérature".
Le Pays de la nuit (1912) 
Une sublime description de la Terre dans un futur très éloigné, où le soleil est mort et où s'est installée une nuit éternelle vaguement éclairée par quelques cratères ardents et puits de feu. Dans ce décor, les derniers humains se sont rassemblés dans une immense pyramide de 12 kilomètres de haut assaillie par des forces maléfiques et des monstres gigantesques. Le héros du roman entre un jour en communication télépathique avec une jeune femme, qui a été son aimée dans une vie antérieure, et apprend qu'elle vit en compagnie d'autres réfugiés dans une seconde pyramide à l'autre bout du Pays de la Nuit, et qu'ils sont en grave danger à cause du déclin de l'énergie tellurique, essentielle à leur survie. Il décide alors de sortir de la Grande Pyramide et de braver tous les périls pour secourir sa bien-aimée. Dans un style archaïque et épique, voire biblique (emploi fréquent de la polysyndète), sur le thème de l'amour plus fort que la mort, l'histoire ressemble un peu à celle d'Orphée allant récupérer Eurydice des Enfers, mais dans un contexte futuriste. Malgré des longueurs et des répétitions assommantes, la créativité sans cesse à l’œuvre de l’écrivain, la sombre beauté et l’étrange poésie de son monde de ténèbres, le sentiment de profonde terreur qui s'en dégage font de la lecture du « Pays de la Nuit » une expérience inoubliable.
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"C'est conté de façon assez maladroite comme les rêves d'un homme du 17ème siècle, dont l'esprit rejoint sa propre incarnation future; et le roman est fâcheusement gâté par une laborieuse prolixité, les répétitions, une sentimentalité romantique moite et nauséeuse, et une imitation du langage archaïque plus absurde encore que dans Glen Carrig. Compte tenu de tous ces défauts, cela reste une des histoires les plus puissantes qu'ait jamais conçues l'imagination macabre." Lovecraft dans "Epouvante et surnaturel en littérature".
"Dans toute l'histoire de le littérature, il est peu d'oeuvres aussi intensément remarquables, aussi purement créatives, que Le Pays de la nuit. Cette épopée ne pouvait être conçue que par un grand poète". Clark Ashton Smith.
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