Index des romans

 Les éditions retenues ici sont celles qualifiées à la page "Repères bibliographiques" de ce site d'"éditions de référence".

Les canots du Glenn Carig

Les pirates fantômes

La maison au bord du monde

Le Pays de la nuit

 

 Les canots du Glenn Carig (1907)     

Dans ce court roman d'horreur et d'aventures maritimes, où des naufragés sont assaillis par d'étranges créatures humanoïdes vivant dans les algues, Hodgson parvient à donner aux événements étranges et terrifiants qu'il décrit une impression de vérité, une crédibilité et une puissance assez exceptionnelles. Avant de faire surgir ses monstruosités, il s'attache patiemment et avec beaucoup de talent à créer chez son lecteur un sentiment d'angoisse diffuse, s'efforçant de construire une atmosphère lourde de menaces latentes. Il place avec soin son inquiétant décor, puis y fait naître des bribes d'incidents troublants, des sanglots étouffés dans la nuit, des formes blanches à peine entrevues sous les algues. Sur ce plan, le roman est  une illustration des plus convaincantes du pouvoir de la suggestion dans le récit d'épouvante. Revers de la médaille possible de ce type de récit à progression lente, où le surnaturel n'est introduit que très graduellement : l'imagination, titillée par ces zones d'ombres inquiétantes, se met en branle et le risque n'est pas négligeable que le dévoilement final de l'horreur déçoive le lecteur, qui s'était attendu à pire, voire le fasse s'esclaffer devant le ridicule, le comique involontaire d'un monstre de pacotille auquel il ne croira pas une seconde. Certains créateurs contournent la difficulté en laissant jusqu'au bout la porte fermée sur la Chose qui est tapie juste derrière, ou en l'entr'ouvrant à peine (voir par exemple la nouvelle de W.W.Jacobs "La Patte de singe"ou le roman "Le grand dieu Pan" d'Arthur Machen). S'il ne se livre pas à une hyper-description à la façon du Lovecraft anatomiste de "L'Abomination de Dunwich" ou des "Montagnes hallucinées", Hodgson opte ici pour la révélation finale de ses horreurs. Ce faisant,  force est de reconnaître qu'il n'évite pas toujours l'écueil mentionné plus haut de la déception du lecteur (Pour vous aider dans votre lecture, rendue parfois difficile par l'emploi de nombreux termes de marine ancienne, vous trouverez à la page "Outils" de ce site un petit lexique maritime.) 

"Les menaces qui couvent au début du livre sont insupportables, mais on est déçu vers la fin par un retour au romanesque et à l'aventure habituels. Une tentative imprécise et pseudo-romantique de copier la prose du 18ème siècle nuit à l'effet de l'ensemble, mais la réelle et profonde érudition navale compense partout ces insuffisances."Lovecraft dans "Epouvante et surnaturel en littérature".


 

 La maison au bord du monde (1908)         

Merveille des merveilles de la littérature fantastique. Intrigue passionnante, originale, riche (avec une forte composante psychanalytique). Atmosphère de terreur et de folie d'une intensité et d'une puissance de conviction rarement égalées. Des scènes d'action terrifiantes pleines de suspense et de tension, des tableaux magnifiques de "poésie cosmique", des passages émouvants sur la détresse du narrateur. Inoubliable et fascinant chef-d'oeuvre.

Note 1 : Une bourde a été commise dans la traduction française au tout début du récit (chapitre 1) : "It was early one warm evening when my friend and I arrived in Kraighten" traduit par " Nous sommes arrivés (...) au début d'une chaude matinée"! Ce n'est pas la seule erreur de traduction, traduction qui mériterait d'être révisée. 

Note 2 : Ce roman est difficile à comprendre si l'on néglige la lecture allégorique ou symbolique et qu'on se contente du sens littéral du récit. Voir mon décryptage allégorique dans le menu "Outils" de ce site.

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"La maison au bord du monde est sans doute le chef-d'oeuvre de Hodgson. C'est l'histoire d'une maison abandonnée et maudite en Irlande, qui est le point de concentration de hideuses forces souterraines et qui soutient le siège lancé par des monstres hybrides et blasphémateurs, issus d'abîmes insoupçonnables. L'esprit du narrateur qui voyage à travers d'interminables années-lumières d'espace cosmique et des kalpas d'éternité, assistant finalement à la désintégration du système solaire, constitue quelque chose d'assez unique dans la littérature. Partout se manifeste le don de l'auteur à suggérer des objets de terreur imprécis et embusqués dans un décor normal. Sans quelques traces de sentimentalité banale, ce livre serait un classique de tout premier ordre."Lovecraft dans "Epouvante et surnaturel en littérature".

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"Une idée s'impose à moi avec de plus en plus d'insistance : j'habite une bien étrange maison, une maison terrible. Et j'ai commencé à me demander si j'agis bien sagement en y restant. Cependant, si j'en partais, où donc pourrais-je aller pour trouver la solitude, le sentiment de sa présence, sans lequel ma pauvre vieille vie ne serait pas tolérable ?"(page 102) 

  " La maison au bord du monde est en effet considéré comme le chef d'oeuvre de William Hodgson, peut-être moins abouti que Le pays de la nuit mais certainement plus accessible. C'est aussi un ouvrage majeur de la littérature fantastique, un "incontournable" pour qui s'intéresse à ce genre et à son histoire.
     Le roman peut se diviser sommairement en deux parties. Tout d'abord, le narrateur est assiégé par des créatures porcines abyssales...L'horreur est distillée avec finesse, sans effets spectaculaires, mais avec une lente et épouvantable angoisse qui suinte et monte jusqu'à la suffocation. Nous comprenons que Lovecraft ait admiré ces pages, où l'indicible et l'innommable dont il fut le chantre s'insinuent sournoisement. 

     La seconde partie est sans doute la plus surprenante. Le narrateur se trouve propulsé à travers le temps et l'espace, assistant à l'évolution de l'univers sur des milliers d'années. Soleils et planètes constituent à ses yeux un ballet hallucinant, une vision cosmique à la fois magnifique et insoutenable, un spectacle d'une rare ampleur, même dans la littérature de science-fiction. 
     Le style de Hodgson peut parfois paraître empesé, comme d'ailleurs celui de Lovecraft. Il contribue cependant au charme particulier de ce chant hagard, ténébreux et visionnaire, où solitude et douleur semblent expliquer le trouble du narrateur et sa possible folie. La composante psychanalytique paraît en effet forte, et permet d'interpréter ce manuscrit trouvé comme celui d'un esprit assailli par ses propres démons, prêt à vaciller dans la folie, assiégé par une chose innommable qui n'est autre que l'inconscient.
     L'intéressante préface de Brian Stableford souligne par ailleurs le caractère allégorique du récit, que nous pouvons interpréter de diverses manières. Nous pouvons cependant le lire simplement comme ce qu'il est avant tout : une magnifique histoire fantastique, à la fois classique et originale, non dénuée de défauts mais rarement égalée."
Pascal Patoz.

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Notons qu'il existe une bande dessinée tirée du roman et portant le même nom avec des dessins de Richard Corben sur un scénario de Simon Revelstroke.

                                   

La couverture de la bd                                     Une planche

Les pirates fantômes (1909)          

Malgré le vocabulaire de la marine ancienne, auquel il faudra vous familiariser (voir pour vous aider le glossaire à la page "Outils"), il faut plonger sans retenue dans ce récit de vaisseaux fantômes classique mais réellement fascinant par l'impression de vérité qu'il dégage aussi bien dans son arrière-plan réaliste (l'expérience de l'auteur dans la marine marchande n'y est pas étrangère) que dans ses aspects fantastiques (C. A. Smith parlait du "réalisme de l'irréel" pour caractériser cette puissance de conviction dans le terrain du spectral que possédait Hodgson). Hodgson traite son sujet avec un sérieux et une sincérité convaincantes là où une approche plus distanciée aurait risqué d'entamer l'adhésion du lecteur à l'histoire. Les incidents surnaturels de plus en plus terrifiants qui rythment le récit sont bien choisis et on entre en empathie avec les marins troublés, épouvantés puis réellement paniqués. Un niveau artistique rarement atteint dans un roman fantastique.

Note 1 : pour la compréhension de la scène décrite dans le chapitre 4 et les suivants, il faut savoir que "foot-rope" a été malencontreusement traduit par ralingue alors qu'il s'agit d'un marchepied (voir le glossaire à la page "outils"). Ce n'est pas la seule erreur : au début du chapitre 11, les hommes sont envoyés non à l'avant, comme il a été traduit, mais à l'arrière ("aft"). Par ailleurs, par "l'avant du gaillard", il faut comprendre le gaillard d'avant (chapitre 1 et suiv.).

Note 2 : la ville de Frisco qu'on rencontre au tout début du récit est le surnom de San Francisco, port des Etats-Unis. Ce qui donne comme théâtre des événements l'océan Pacifique. Par ailleurs, le navire Le Mortzestus pourrait être un clipper, l'un des derniers vaisseaux de commerce à voiles à avoir été utilisé à la fin du 19ème siècle, avant l'avènement des bateaux à vapeur.

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"C'est une des oeuvres les plus saississantes que je connaisse sur la mer, et surtour sur le mystère et la grande peur des solitudes océanes". Jean Ray, dans une lettre adressée en février 1928 à M. Pierre Goemaere. L'écrivain belge, qui est entre autre l'inventeur de Harry Dickson, alter ego de Carnacki, reconnaît d'ailleurs s'être inspiré de ce roman pour sa nouvelle "Le Psautier de Mayence".

 "Avec sa maîtrise de la technique maritime, et le choix habile des allusions et des incidents qui suggèrent les secrètes horreurs de la nature, ce livre atteint parfois d'enviables sommets." Lovecraft dans "Epouvante et surnaturel en littérature".


 Le Pays de la nuit (1912)          

 
Une sublime description de la Terre dans un futur très éloigné, où le soleil est mort et où s'est installée une nuit éternelle vaguement éclairée par quelques cratères ardents et puits de feu. Dans ce décor, les derniers humains se sont rassemblés dans une immense pyramide de 12 kilomètres de haut assaillie par des forces maléfiques et des monstres gigantesques. Le héros du roman entre un jour en communication télépathique avec une jeune femme, qui a été son aimée dans une vie antérieure, et apprend qu'elle vit en compagnie d'autres réfugiés dans une seconde pyramide à l'autre bout du Pays de la Nuit, et qu'ils sont en grave danger à cause du déclin de l'énergie tellurique, essentielle à leur survie. Il décide alors de sortir de la Grande Pyramide et de braver tous les périls pour secourir sa bien-aimée. Dans un style archaïque et épique, voire biblique (emploi fréquent de la polysyndète), sur le thème de l'amour plus fort que la mort, l'histoire ressemble un peu à celle d'Orphée allant récupérer Eurydice des Enfers, mais dans un contexte futuriste. Malgré des longueurs et des répétitions assommantes, la créativité sans cesse à l’œuvre de l’écrivain, la sombre beauté et l’étrange poésie de son monde de ténèbres, le sentiment de profonde terreur qui s'en dégage font de la lecture du « Pays de la Nuit » une expérience inoubliable.
 
Note 1 :  A signaler une erreur de traduction dans le poème "Les rêves qui ne sont que des rêves" qui ouvre le roman : "And shame to be unborn" est traduit par "Et que la honte soit sur celui qui n'engendre pas" faisant référence inopportunément à la procréation, alors qu'il ne s'agit, ici, que d'affirmer que l'Amour doit exister naturellement, sans que la honte ne vienne troubler la pureté de cette relation entre deux êtres. La bonne traduction, que l'on trouve dans "Le Rêve de X" du recueil "Les Pirates fantômes et autres récits" paru chez Encrage,  est " Et que la honte meure avant que de naître".

Note 2 :
A noter la possibilité d'une lecture allégorique similaire à celle de "La Maison au bord du monde", à savoir que l'aventure du héros, veuf éploré et inconsolable, n'est qu'un prodigieux rêve destiné à redonner un sens à sa vie en lui faisant croire en la réincarnation future de sa défunte bien-aimée et en leur réunification à venir.
 
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"C'est conté de façon assez maladroite comme les rêves d'un homme du 17ème siècle, dont l'esprit rejoint sa propre incarnation future; et le roman est fâcheusement gâté par une laborieuse prolixité, les répétitions, une sentimentalité romantique moite et nauséeuse, et une imitation du langage archaïque plus absurde encore que dans Glen Carrig. Compte tenu de tous ces défauts, cela reste une des histoires les plus puissantes qu'ait jamais conçues l'imagination macabre." Lovecraft dans "Epouvante et surnaturel en littérature".
 
"Dans toute l'histoire de le littérature, il est peu d'oeuvres aussi intensément remarquables, aussi purement créatives, que Le Pays de la nuit. Cette épopée ne pouvait être conçue que par un grand poète". Clark Ashton Smith.
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A noter l'existence sur le web d'un excellent site anglais consacré entièrement à ce roman (ce qui atteste de sa richesse et de son pouvoir de fascination) : http://www.thenightland.co.uk/nightmap.html
 

 



 



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